Les coronapistes, une initiative éphémère qui se pérennise

Elles sont apparues en mai 2020, suite au déconfinement. Principalement pour alléger le flux d’usagers des transports en commun, tout en encourageant la distanciation sociale. Sans nul doute, les coronapistes ont fait parler d’elles et ont conquis (presque tous) les usagers de la route : décongestion du trafic automobile en heure de pointe, voies cyclables continues, désengorgement des transports en commun, impact positif sur la santé…

Par exemple, en région Ile-de-France, ce sont 170 kilomètres de voies cyclables provisoires qui ont été installées pendant la pandémie. La ville de Nantes comptabilise quant à elle plus de 21 kilomètres. Les aménagements de coronapistes offrent l’opportunité d’interpeller les maires et les candidats, sur la nécessité d’installer des infrastructures cyclables, pour encourager la pratique du vélo en France.

Mais qu’en est-il aujourd’hui de ces pistes cyclables dites provisoires, aménagées en un clin d’œil dans de nombreuses communes ? Quel a été leur impact ? La Ruche à Vélos s’est penché sur la question.

Pourquoi parle-t-on de coronapistes ?

Le mot « coronapistes » est l’association des termes « coronavirus » et « pistes cyclables ». Tout s’est déroulé pendant et après le confinement en mai 2020. Pour aller travailler, les usagers préféraient éviter les transports en commun, inquiets d’être contaminés par le COVID-19. Ils se sont tournés alors vers la pratique de la mobilité active. La « distanciation sociale » a amplifié cette impulsion. De plus en plus, on a vu se développer les déplacements à vélo, à pied ou encore en trottinette. On a assisté à un réel changement de comportement et de prise de conscience de la part des usagers de la route.

Notre article de blog sur les bienfaits d’aller en vélo au travail vous en dit plus à ce sujet.

À partir de là, la pratique du vélo et son marché ont explosé. En 2020, le marché français du vélo a connu une hausse de 25% par rapport à l’année 2019. Une montée fulgurante ! Et sans même avoir les chiffres sous les yeux, on savait déjà : les coronapistes avaient bel et bien permis une augmentation de la pratique du vélo en France. Mais pas uniquement en France. En Europe et dans le monde entier également.


Les coronapistes, une expérimentation à taille réelle

Les coronapistes font partie de ces aménagements urbains temporaires qui prennent place dans l’espace public. Ces installations mettent en évidence un changement ou bien une évolution nécessaire et réalisable de l’espace urbain. On parle ici d’urbanisme tactique. En bref, c’est une expérimentation menée directement sur le terrain. Elle est réaliser en grandeur réelle et peut durer plusieurs heures, jours, semaines, voire mois. L’urbanisme tactique est toujours tourné vers les besoins des premiers impactés : les citoyens.

En mai 2020, de nombreuses communes ont eu recours à cette méthode d’urbanisme tactique pour la première fois, en installant des coronapistes. Des pistes cyclables temporaires ont alors été déployées par les communes.

  • A Paris, on a vu la rue de Rivoli être radicalement transformée. Une voie a été aménagée exclusivement pour les cyclistes, sans aucune voiture autorisée à y circuler hormis les bus, les taxis et les transports d’urgences. Le pont de Neuilly a aussi déroulé son tapis rouge aux cyclistes. On était à deux doigts de se croire au festival de Cannes…
  • A Nantes, des pistes multicolores très artistiques sont apparues sous les yeux des cyclistes nantais, conquis.
  • D’autres communes comme Lyon ont simplement sorti le pot de peinture jaune pour dessiner sur les routes des pistes cyclables momentanées. On voit alors que chaque commune y est allée de sa créativité.

L’intérêt des coronapistes, est d’affiner ces pistes cyclables temporaires au fur et à mesure, selon les retours des usagers. Il ne s’agit pas ici d’échanger pendant des mois sur la mise en place ou non d’une piste cyclable. L’idée est dans un premier temps de la construire, et dans un second temps d’observer les résultats et les ajustements à mettre en place au fil du temps.


Des résultats concluants

Les évaluations faites sur la fréquentation des coronapistes, ont permis de mettre les pistes cyclables et les infrastructures vélos sur le devant de la scène. Et les résultats parlent d’eux mêmes.

  • Une étude européenne du 13 avril 2021, fait le lien entre les infrastructures cyclistes mises en place pendant la pandémie de la COVID-19 et la hausse fulgurante du cyclisme. Grâce aux compteurs positionnés le long des pistes, on a pu avancer des chiffres sur la pratique cyclable. Depuis la pandémie mondiale, la pratique du vélo a augmenté de 11 à 48% en Europe, en partie grâce aux coronapistes. Un impact non négligeable sur les enjeux environnementaux et sociaux, mais aussi sur la santé des cyclistes.
  • Quant à Paris, le trafic de cyclistes a été multiplié par deux depuis la pandémie. Parmi ces cyclistes, 40% affirment avoir adopté le vélo dès le premier déconfinement en 2020.

Le coronavirus a alors mis en lumière la pratique du vélo, qu’on avait jusqu’ici du mal à évaluer et comptabiliser. 


Le vélo redistribue les usages de l’espace public

Avec des résultats aussi encourageants sur l’utilisation du vélo en ville, une question est venue sur le tapis.

Pourquoi ne pas pérenniser
les coronapistes et les transformer
en véritables pistes cyclables à long terme ?

Après tout, aucune date n’a été actée pour y mettre fin. Les associations de cyclistes et militants du vélo ont alors saisi l’opportunité pour demander leur pérennisation et inciter les pouvoirs publics à conserver ces aménagements inédits. Certaines associations ont même travaillé main dans la main avec les collectivités, en ayant pour initiative de mettre en place les politiques cyclables des communes.

Sans conteste, la crise sanitaire a questionné la place du vélo dans les politiques de mobilité active des communes et de son intégration dans l’espace urbain, et a donc amené les villes à repenser leur offre de transports publics. C’est pourquoi on remarque une modification des parts de marché des modes de transports.


A Paris, les coronapistes seront pérennisées pour les Jeux Olympiques 2024

Après que la maire de Paris, Anne Hidalgo, soit revenue plusieurs fois sur le sujet de la pérennisation des coronapistes de la capitale, les travaux se sont concrétisés en juillet 2021. Dans une interview accordée à 20 minutes, l’adjoint à la maire David Belliart affirme que la totalité des coronapistes “seront pérennisées d’ici les JO 2024”. Une enveloppe de 80 millions d’euros est prévue pour optimiser, améliorer et rendre plus esthétiques ces pistes cyclables nées de la pandémie avec :

  • des matériaux en durs
  • de la végétalisation
  • un maillage continu
  • une signalétique claire

Au total, 52 kilomètres de pistes cyclables seront pérennisés. Depuis le début de l’été 2021, des pistes comme celle du pont de la Concorde ou encore de l’avenue de la République ont déjà profité du début des travaux de pérennisation. Les prochaines seront la piste des Invalides, la place de la Madeleine ou bien la rue de Vaugirard. Une initiative qui s’inscrit dans une volonté de mailler l’ensemble du territoire parisien.


Des conflits entre les usagers de la route

Seulement les coronapistes sont des aménagements qui ne font pas toujours l’unanimité. Si des communes comme Paris ou Nantes mettent en œuvre les ressources nécessaires pour les conserver, d’autres comme Quimper, Marseille, Saint-Etienne ou Besançon les ont enlevées rapidement.

La principale raison ? Les conflits entre les usagers de la route : automobilistes, motards, cyclistes, piétons, autobus…

  • Des hostilités causées la plupart du temps par les ruptures de pistes cyclables. Ces coupures qui augmentent le taux d’accidents à vélos et les conflits entre les usagers sont aussi un frein considérable à la pratique du vélo.
  • Une autre cause est les protestations des automobilistes mécontents, auxquelles les maires cèdent souvent. L’installation de pistes cyclables entraîne un changement des voies de circulation. Celles-ci sont alors réduites à une seule voie. Ce qui augmente considérablement les encombrements de la route côté automobilistes, comme à Nantes avec le pont Anne de Bretagne.

Toutefois, les usagers sont de plus en plus nombreux à utiliser le vélo comme moyen de déplacement journalier. Les villes ont donc tout intérêt à surfer sur cette nouvelle vague en prévoyant des emplacements spécifiques et des infrastructures dédiées comme des abris pour les vélos, afin de lutter contre les vols notamment… Chez La Ruche à Vélos, nous avons trouvé LA solution qui regroupe ces différentes problématiques. Vous souhaitez en savoir plus ? N’hésitez pas à nous contacter.

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